Quel est le degré d’insécurité des charbonnages chinois ?

Les charbonnages chinois ont mauvaise presse. Chaque année, on y déplore des milliers de morts. Comment cela se fait-il et qu’envisage le gouvernement à ce propos ?

La Chine dispose de trop peu de pétrole et de gaz naturel pour fournir de l’énergie à son économie et à ses familles. On y trouve du charbon à profusion, par contre. Soixante-dix pour cent de l’énergie primaire de la Chine provient du charbon. Aussi la Chine est-elle le plus grand producteur et consommateur de charbon au monde. Le pays assure 40 pour cent de la production et de la consommation annuelles de charbon dans le monde. La Chine consomme plus de charbon que les États-Unis, l’Europe et le Japon mis ensemble. Le secteur houiller chinois fournit plus d’énergie que toute la production pétrolière du Moyen-Orient. Si la Chine devait faire appel au pétrole sur le marché mondial dans les mêmes proportions que les États-Unis et l’Europe, le prix du pétrole serait de deux à trois fois plus élevé que son prix record de 2008.

Le charbon consommé par la Chine est d’origine chinoise à 99,5 pour cent. Le pays dispose de 80.000 charbonnages, dont une écrasante majorité de petites exploitations. En moyenne, un charbonnage chinois produit 300.000 tonnes par an. Les grands charbonnages modernes ne produisent que 60 pour cent de l’ensemble. Il y a surtout des tués dans les petits et moyens charbonnages, qui assurent 40 pour cent de la production nationale.

Ces 50 dernières années, la production dans les autres pays est passée de l’exploitation souterraine à l’exploitation à ciel ouvert. En 1950, aux États-Unis, 75 pour cent de la production houillère venait de mines souterraines. Aujourd’hui, 30 pour cent seulement. En Chine, l’exploitation souterraine représente toujours 70 pour cent de la production. Cette forme d’exploitation est bien moins sûre que l’exploitation à ciel ouvert. Les mines souterraines sont aussi nettement moins productives. Un mineur chinois produit chaque année 800 tonnes de charbon en moyen. En Australie, où il n’y a pratiquement que des mines à ciel ouvert, un mineur produit 13.300 tonnes par an. La Chine emploie 3,6 millions de mineurs pour produire ce qui lui est nécessaire. Un million et demi de ces mineurs travaillent dans des mines qui sont la propriété de l’État. Dans le secteur productif, seules l’agriculture et la construction emploient plus de personnes que le secteur houiller.

Chaque année, la production de charbon s’accroît, en Chine. L’an dernier, elle s’élevait à 2,72 milliards de tonnes. Soit 7,65 pour cent de plus que l’année précédente. Ces 7 dernières années, la production a doublé pour un fichier du personnel demeuré sensiblement le même.

Tableau 1 : Évolution de la production houillère chinoise

Année

Production (en milliards de tonnes)

2001

1,11

2002

1,42

2003

1,61

2004

2,01

2005

2,14

2006

2,38

2007

2,52

2008

2,72

2009*

2,92

* Estimation

Durant le premier semestre de 2009, on a produit 8,7 pour cent de plus que dans la même période de l’an dernier.

Baisse du nombre de tués

Malgré la hausse constante et rapide de la production, le nombre d’accidents diminue, de même que le nombre de tués dans les mines. Durant le premier semestre de cette année, la production a augmenté de 8,7 pour cent, mais le nombre de tués a baissé de 18,4 pour cent.
C’est une évolution qui a été amorcée voici sept ans.

Tableau 2 : Évolution du nombre de morts dans le secteur houiller chinois

Année

Morts

2002

4.344

2004

3.639

2005

3.341

2008

3.200

2009*

2.550

* Estimation

Cette année, on estime que la production de charbon atteindra 2,92 milliards de tonnes. En gros, cela représente 100 pour cent de plus qu’en 2000. Le nombre de morts à déplorer sera de 40 pour cent inférieur à celui de 2002, estime-t-on. En d’autres termes, il y avait, en 2002, 3,05 tués par million de tonnes de charbon produites, contre 0,87 tué cette année. 2008 fut la première année où le nombre de tués par million de tonnes fut inférieur à l’unité.

Dans son rapport « Cleaner Coal » (un charbon plus propre) de 2009, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a calculé que le nombre de tués par million de tonnes est six fois plus élevé dans les mines privées que dans les charbonnages de l’État. Cela vient de la surveillance plus sévère et de la voix au chapitre plus importante des mineurs dans les mines de l’État, mais aussi, et en premier lieu, du fait que ces mines sont en moyenne plus importantes et que leur technologie est donc aussi plus moderne et plus sûre.

La baisse du nombre de morts à déplorer dans les mines de l’État et dans les mines privées résulte surtout de la politique gouvernementale consistant à fermer des dizaines de milliers de petites mines et de concentrer la production dans des unités plus grandes, où il existe davantage de possibilités de progresser sur le plan technologique. La concentration a été mieux appliquée dans les mines de l’État. Cela a également abouti à une emprise plus importante des mines de l’État sur le secteur. En 1995, la production de charbon dans les mines privées était en moyenne 20 pour cent supérieure à celle des mines de l’État. Mais, aujourd’hui, la situation s’est inversée : la production dans les charbonnages de l’État est en moyenne un quart plus élevée que dans les mines privées. Désormais, via leurs groupes houillers, les autorités peuvent aussi diriger matériellement le secteur au lieu de le faire surtout par le biais de directives politico-économiques.

La mise en place de mastodontes

La Chine compte 24 groupes houillers qui, chaque année, produisent chacun plus de 10 millions de tonnes. Ensemble, ils représentent 30 pour cent de la production nationale. C’est peu. Les autorités veulent mettre un terme au morcellement. La pléthore de petits producteurs est inefficace et n’a rien d’une bonne affaire pour la sécurité.

Dans la première moitié de cette année, la province de Shanxi a fermé 633 petites mines. Shanxi est le numéro un dans la production houillère chinoise. Cette année et l’an prochain, les autorités provinciales vont fermer 1.500 mines, ce qui ramènera le nombre de mines de 2.600 à 1.100. Cette politique d’ancrage a même conduit à ce que la province fût la seule, au cours du premier semestre de 2009, à connaître une croissance négative de son produit intérieur brut. Le PIB y a baissé de plus de 4 pour cent.

Wang Chonglin, du Bureau houiller provincial, déclare : « Les petites mines sont une menace pour la vie des mineurs. Nous voulons de grandes mines modernes où l’on travaille de façon mécanisée. Les mines que nous voulons fermer produisent en moyenne 360.000 tonnes de charbon par an. Nous voulons pousser notre moyenne à 900.000 tonnes de charbon par an. Chaque mine qui peut rester ouverte est obligée de mécaniser sa production pour la fin 2010. »

Pour alors, Shanxi comptera 17 groupes houillers. Trois d’entre eux auront chacun une capacité de 100 millions de tonnes, quatre auront une capacité de 50 millions de tonnes et dix auront une capacité de 10 millions de tonnes. Les 17 groupes importants assureront 80 pour cent de la production.

Cette consolidation se remarque dans tout le secteur. Le résultat sera que les pouvoirs publics disposeront de 13 supergrands groupes houillers qui dirigeront le secteur sur le plan de la modernisation, de l’efficacité et de la sécurité.

L’article ci-dessus a été rédigé par Fu Huayou, rédacteur de www.infochina.be, le 19 août 2009.